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samedi 16 janvier 2021

Hakim Taoussar, ancien directeur général de l’ONDA et de l’INAPI à Algerie62 : « L’Algérie gagnera grandement avec ses compétences si on veut sortir de la dépendance des hydrocarbures »

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Hakim Taoussar, ancien directeur général l’Office National des Droits d’Auteur et des Droits Voisins (ONDA) pendant 11 ans, et à l’Institut National Algérien de la Propriété Industrielle (INAPI) durant 2 ans qui a marqué son passage avec des lettres d’Or, Hakim Taoussar qui travaille comme consultant depuis, revient sur son expérience à la tête de ces deux établissements. « l’ONDA à travers le développement de ses ressources financières nées de l’exploitation des œuvres de l’esprit n’a jamais eue besoin de subventions de l’Etat et ses recettes sont en constante augmentation avec un potentiel à développer encore plus important » a-t-il fait savoir. Vivant dans une conjoncture politique de bouleversement de l’échelle des valeurs au point de trouver les compétences et hommes honnêtes au chômage et les serviteurs bien protégé depuis 20 ans. Dès lors, la question est posée. La nouvelle République, pourra-elle, enfin rattraper tout le temps perdu ? ».  Marqué par son tempérament de sagesse philosophique et un savoir-faire qui parle de lui, sans ambages, Hakim Taoussar, que nous avons connu depuis les années 1990, toujours discret et loin du bruit médiatique, a bien voulu partager une partie de son expérience et savoir-faire avec un sourire en plus.  

Algerie62 : Que devient Hakim TAOUSAR, après votre départ de l’ONDA et de l’INAPI ?

Hakim TAOUSAR :  Après mon départ de l’INAPI, je suis retourné au secteur de la Culture où j’ai travaillé respectivement à l’Agence Algérienne pour le Rayonnement Culturel (AARC) et l’Agence Nationale de Gestion des Réalisations des Grands Projets Culturels (ARPC), puis enfin à l’Opéra d’Alger « Boualem BESSAIH » en qualité de Conseiller Juridique. Actuellement je suis consultant en Droits de Propriété Intellectuelle. Je dois dire que mon expérience à l’ONDA et l’INAPI m’a permis de maitriser les deux volets des droits de propriété intellectuelle, en l’occurrence les droits de propriété littéraires et artistiques et les droits de propriété industrielle.

Justement, après cette belle richesse et expérience dans deux importantes institutions de l’Etat, comment évaluez-vous la situation des droits de propriété intellectuelle en Algérie ?

Nous pouvons dire que les deux domaines se trouvent à des niveaux qualitatifs différents. En matière de droits d’auteurs et droits voisins, la situation est très satisfaisante dans la mesure où l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle OMPI considère l’ONDA comme un organisme pilote dans le monde arabe et le continent africain. L’OMPI envoie régulièrement des cadres de pays arabes et africains suivre des formations et stages pratiques à l’ONDA et leur délivre des attestations reconnaissant ces formations et stages. Les droits d’auteurs sont protégés et gérés en Algérie depuis 1973 et les droits voisins depuis 1997. Il n’y a pas de pays arabes qui gèrent et protègent les droits voisins et seulement quelques pays africains qui les assurent actuellement. Par contre, en matière de droits de propriété industrielle, nous enregistrons malheureusement, un grand retard dans ce domaine par rapport aux pays arabes et africains pour preuve, l’Algérie a été classé à la 110 ème place à l’échelle mondiale sur 185 pays et 12 ème à l’échelle du monde arabe sur 21 pays dans l’indice global de l’Innovation 2019 établi chaque année par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. Les raisons sont nombreuses et on ne peut les énumérer dans cette interview. Cela étant dit, en 2010, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle a dépêché en Algérie une équipe pluridisciplinaire d’experts à l’effet d’aider notre pays à élaborer une politique nationale de propriété intellectuelle, à commencer par les droits d’auteurs, droits voisins, droits des brevets, droits des Marques, droits des obtentions végétales, indications Géographiques et Appellations d’origine, dessins et modèles industriels. Cette équipe a réalisé un travail extraordinaire. D’abord, elle a réuni pour la première fois toutes les parties concernées par les droits de propriété intellectuelle dans ses deux volets (Ministères de la Culture, de l’Industrie et des Mines, l’ONDA, l’INAPI, Ministère de l’agriculture et du développement rural qui a associé les chambres d’agriculture des Wilayas). Ensuite, elle nous a permis de situer le niveau de l’Algérie dans ces différents domaines par rapport au niveau et normes internationaux. Malheureusement la partie qui a été chargée de piloter ce projet (Le Ministère de l’Industrie et des Mines) ne l’a pas finalisé ni présenté aux autorités Algériennes pour être adopté et validé par les instances gouvernementales en vue de le traduire par des textes législatifs et règlementaires. Lorsqu’on veut sortir de la dépendance de l’économie aux hydrocarbures, les droits de propriété intellectuelle constituent l’un des leviers les plus importants puisque ce domaine contribue selon plusieurs études et dans une large proportion au produit intérieur brut des pays développés. Pour preuve également que : « L’ONDA à travers le développement de ses ressources financières nées de l’exploitation des œuvres de l’esprit n’a jamais eue besoin de subventions de l’Etat et ses recettes sont en constante augmentation avec un potentiel à développer encore plus important ».    

Peut-on justement revenir sur les raisons qui vous ont poussé à quitter l’ONDA volontairement et aussi INAPI, alors que beaucoup de choses ont étés développées durant votre passage ? 

J’ai quitté volontairement l’ONDA pour connaître le deuxième volet des droits de propriété intellectuelle, en l’occurrence les droits de propriété industrielle, et ce en rejoignant l’INAPI en tant que Directeur Général après avoir réussi au concours lancé par le Ministère de l’Industrie et des Mines. Il s’agit de deux domaines complémentaires car protégeant la création intellectuelle ; l’une dans le domaine littéraire et artistique, l’autre le domaine technologique et industriel. D’ailleurs ces deux domaines se complètent et se pénètrent si on prend des exemples comme le domaine de l’informatique où le Hard ou équipements informatiques est protégé par le droit de propriété industrielle par l’octroi de brevets d’invention, tandis que le soft tels que les programmes d’ordinateurs, les logiciels ou les bases de données sont protégés par le droit d’auteur. De même qu’un dessin est protégé par le droit d’auteur, mais lorsqu’il est fabriqué à une échelle industrielle, il est protégé par les droits de propriété industrielle (Droits des dessins industriels). Pour l’INAPI, je l’ai quitté suite à des contraintes qui ne m’ont pas permis de poursuivre ma mission.

L’ONDA est toujours sans Directeur Général, pourquoi n’a-t-on pas fait appel à vous qui possédez une expérience reconnue dans votre secteur des droits d’auteurs et de la culture en général ?

Suite à la vacance du poste, beaucoup d’auteurs se sont rapproché de moi et m’ont exprimé leurs souhaits de me voir revenir à l’ONDA en qualité de Directeur Général. Je leur ai clairement expliqué que cela ne relevait pas de ma volonté, ni de mes possibilités mais de celle des autorités de faire appel à moi. Je suis disposé pour ma part à relever ce nouveau challenge car il y a beaucoup de travail à faire pour le développement de ce domaine à l’effet de suivre l’évolution extrêmement rapide que connait ce volet dans les pays développés.

Dans le cas où le Ministère de la Culture fait appel à vous à la tête de l’ONDA quelles seraient les priorités selon vous ?

La priorité serait la révision des textes législatifs et règlementaires relatifs aux droits d’auteurs et droits voisins pour renforcer la protection des droits d’auteurs et droits voisins à travers les nouvelles technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) et la restructuration de l’ONDA pour lui permettre de prendre en charge efficacement les droits des différentes catégories d’auteurs et de titulaires de droits voisins.

Que pensez-vous de la marginalisation des valeurs et compétences du secteur de la culture en particulier et de tous les autres secteurs en générale qui constituent une colonne vertébrale du développement du pays ? 

L’Algérie regorge de valeurs et de compétences aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. La marginalisation de ces valeurs et compétences n’est pas propre au secteur de la Culture mais elle est générale. Le pays gagnerait grandement à les réhabiliter et les utiliser. Ces compétences se trouvent aussi bien chez les Femmes que chez les hommes, chez les anciens que chez les jeunes. Il appartient à l’Etat Algérien de les dénicher ou les récupérer pour qu’ils puissent servir leur pays et donner le meilleur d’eux même. Cela serait grandement bénéfique à notre pays pour lui permettre de sortir de cette dépendance systémique aux hydrocarbures qui constituent 95 % de nos ressources.

Interview réalisé par Amar CHEKAR

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