Cimetière des Deux princesses: N’Fissa et Fatma, emportées par un chagrin d’amour

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L’image n’est autre que la scène de la Bataille d’Alger montre la porte d’entrée et l’escalier menant vers cette nécropole, au moment où Ali la Pointe abattait (dans le film) d’une rafale de mitraillette, un membre de la pègre du quartier.

Si, un jour, vous empruntez la rue N’fissa et vous passez devant les cinq marches de cette bâtisse, arrêtez-vous un instant et formuler une prière. Dans n’importe quelle langue. A la mémoire de Fatma et de N’fissa. Deux princesses, mortes à la fleur de l’âge. Emportées par un chagrin d’amour. Un amour qu’elles vouaient, toutes les deux, secrètement l’une et l’autre, au même jeune cavalier. Un amour impossible… Mais, ne dit-on pas que l’amour est aveugle ?. Les cinq marches conduisent à petite mosquée de Sidi Ben Ali Ben M’hamed, nichée au premier étage du vieil immeuble. Elles mènent également au petit mausolée dédié à la mémoire du Saint homme, autrefois lieu de pèlerinage et de dévotions des habitants de la Casbah et de visites des touristes, algériens et étrangers. C’était avant sa profanation, durant la « décennie noire », par des salafistes hostiles à la tradition de vénération des Saints. Beaucoup ont entendu parler de l’histoire dramatique de Fatma et de N’fissa, filles du dey Hassan Pacha. Il s’agit de deux jeunes, belles et charmantes filles, très liées l’une à l’autre, éprouvant une grande affection l’une pour l’autre. Un beau jour, à peine sorties de l’adolescence, le fils de Vénus, Cupidon, dieu de l’amour, passa par là. Fatma et N’fissa tombèrent amoureuses d’un même jeune cavalier, un dignitaire ou fils d’un dignitaire ottoman.

L’histoire n’a pas laissé de traces sur cet homme

Comme leur affection était forte, aucune d’elles ne voulait avouer à l’autre son amour pour le jeune homme, de crainte de se faire du mal, de se blesser. Rongées par le mal d’amour, elles s’enfermaient dans le silence. On entendait plus leurs habituels éclats de rires, qui donnaient de la gaité au palais de Hassan Pacha. Elles dépérissaient à vue d’œil. La seule personne qui était au courant de leur histoire fut Sidi Ben Ali, à qui elles confièrent, séparément, leur secret. A leur mort, elles furent inhumées à l’ombre de trois figuiers, dont le plus grand, qui s’était développé à l’horizontal, protégea, pendant des siècles, de ses branches et de ses larges feuilles, les tombeaux des Deux princesses. Les pierres tombales en marbre placées sur leurs sépultures portaient des inscriptions. Sur la première, on pouvait lire : « voici le tombeau de Fatma bent Hassan Dey. Que Dieu lui pardonne ainsi qu’à tous les musulmans. Amin ! Amin ! ». La deuxième épitaphe disait : « voici le tombeau de celle qui est en possession de Dieu : N’fissa, fille de Hassan Pacha. Que Dieu leur soit miséreux, ainsi qu’à tous les musulmans. Amin ! Amin ! ».  Le « cimetière des Deux princesses » n’existe plus. Les preuves palpables de cette histoire, à savoir les tombes des deux jeunes filles, ont disparu. Saccagée durant la « décennie noire », la minuscule nécropole est enfouie sous le béton. Elle est désormais carrelée et transformée en espace de prière à ciel ouvert, rattaché à la mosquée de Sidi Ben Ali Ben M’hamed. Ce lieu de culte est situé dans la rue baptisée du nom de N’fissa en février 1910, sur décision du Conseil municipal de la ville d’Alger. Mais, que sont devenus les ossements des Deux princesses et de la dizaine d’autres personnes inhumées en cet endroit ? Ont-ils été déplacés, jetés ou ensevelis sous le béton? . Le cimetière des Deux princesses figurait, dans les années 30, parmi les sites touristiques du Vieil Alger. Une scène de la Bataille d’Alger montre la porte d’entrée et l’escalier menant vers cette nécropole, au moment où Ali la Pointe abattait (dans le film) d’une rafale de mitraillette, un membre de la pègre du quartier.

D. Farouk

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